Nous vivions depuis trois mois dans ce minuscule studio, en banlieue londonienne. David et moi sommes amis d'enfance, et actuellement colocataires. Nous sommes du genre "inséparables" depuis le bac à sable, et n'avons jamais envisagé de nous séparer. Lorsque j'ai émis l'hypothèse de partir m'installer à Londres pour quelques temps, il n'a pas hésité, et m'a suivie. La vie est chère à Londres, alors, nous avions tous les deux trouvé "Le job parfait" pour deux étudiants en journalisme.
L'appart était certes petit, mais nous nous y sentions à nôtre aise. David était un repère pour moi, et j'étais sans nul doute sa petite s½ur de c½ur.
L'histoire qui va suivre n'est que le récit de ce qui a littéralement chamboulé mon existence, en quelques mois seulement. Quand j'y repense, j'ai perdu beaucoup dans cette histoire, mais j'ai également gagné le plus beau trésor que la vie pouvait m'offrir. J'ai aussi mûri, appris qu'on ne doit jamais aller à l'encontre de nos sentiments, et que les histoires d'amour formatées comme à la télé n'existent pas, et que c'est tant mieux.
David regardait la télé tandis que je m'apprêtais comme jamais. Nous avions prévu de sortir ce soir-là, et la perspective d'un ciné-resto avec David me plaisait énormément. C'était quelque chose que j'avais l'habitude de faire en France. Papa-maman étant là pour regarnir mon compte en banque lorsque celui-ci faisait faillite, je sortais beaucoup. Mais à Londres, je ne connaissais que David, et celui-ci était assez casanier. Ceci explique sûrement pourquoi j'étais si enthousiasme ce soir-là.
- Tu es prête ? Demanda David, impatient de prendre l'air.
- Une minute. Répondis-je.
- Ca fait quinze minutes que tu dis une minute. Mon Dieu, pourquoi ai-je hérité d'une meilleure amie aussi superficielle et soucieuse de son apparence ?
Il avait l'habitude de parler seul, dans l'unique but de me faire râler. Il marmonnait ainsi dans sa barbe, veillant à ce que je comprenne cependant chacune de ses phrases. Je sortais de la salle de bain, les cheveux encore un peu humides, et habillée d'une robe noire resserrée à la taille par une ceinture rose pâle.
- C'est bon. Annonçai-je.
Il me regarda d'un air exaspéré qu'il avait l'habitude de prendre.
- Pourquoi es-tu si... si... barbiesque ?
- C'est pour mieux te plaire, mon c½ur. Dis-je en riant. Il fit la moue, puis finit par me suivre dehors.
Nous passâmes un bon moment au cinéma. J'avais horreur des films fantastiques, que je trouvais la plupart du temps nullisimes. Bien que celui-ci ne dérangeât pas à la règle, j'avais aimé contempler l'acteur principal. David, qui avait pourtant choisi le film, s'exaspéra devant le côté "nian-nian" de l'histoire, et s'indigna de mon commentaire (je l'avoue très constructif) une fois le film terminé.
- T'en as pensé quoi ? Me demanda-t-il.
- L'acteur est sublime, mais la nana paraît mystérieusement conne. Dis-je à haute voix, avant de voir les visages outrées des trois gamines devant nous, vexées car j'avais probablement insulté leur idole.
- Et ça a le culot de vouloir devenir journaliste... J'espère qu'ils ne te colleront pas à la rubrique cinéma, même en dernier recourt. Me dit-il en riant. Bon, tu as faim ? reprit-il.
- Ouais, je propose qu'on se trouve un petit resto dans un coin paumé que nous seront les seuls étrangers à connaître, comme d'hab. Dis-je en prenant un air fier. David souriait, et nous nous mîmes en route.
Nous trouvâmes un petit restaurant tranquille, à l'atmosphère intime qui plu évidemment à David.
- Regarde-nous, on a l'air d'un couple ! Décréta celui-ci en se moquant de la situation.
- J'avoue... bon, je sors fumer en attendant que ça arrive. Dis-je, en me levant de table.
La nuit était fraiche, et la rue éclairée. Je m'asseyais sur une murette située en face du restaurant, évitant tout de même de me salir. J'allumai ma cigarette, quand un garçon étrange m'interpella.
- Avez-vous du feu je vous prie ?
- Bien sûr. dis-je en lui tendant mon briquet. Par contre, il marche un coup sur deux, le renseignai-je.
- Merci. Vous avez un sacré accent ! Dit-il en plaisantant. Il n'avait pas été très fin, et j'avais horreur que l'on me fasse une remarque sur mon accent que j'imaginais ridicule.
- Ouais, parlez-moi en français, que je rigole, dis-je d'un ton sec.
Il me fit un sourire, ses yeux en lune laissaient apparaître un bleu d'une pureté rare, et ses cheveux ébouriffés dépassant de sa capuche lui donnaient un air bobo chic qui était loin d'être déplaisant.
- Je ne me moquais pas de votre accent, au contraire. Les françaises ont ce côté élégant et raffiné qui les rend unique. Et pour être franc, je serais incapable d'aligner deux mots en français. Me dit-il sur le ton de la franchise.
Je lui expliquai que les françaises étaient loin d'être toutes élégantes et raffinées, bien au contraire. Il approuva disant que les généralités étaient souvent réductrices, mais que c'était néanmoins l'image qu'il avait conservé de son voyage à Paris.
A ce moment-là, il enleva sa capuche. Je mis bien dix secondes afin de m'assurer qu'il ne s'agissait pas d'une erreur qui pourrait me rendre ridicule, avant de dire:
- Olala ! Je ne vous avais pas reconnu, pourtant je vous ai vu il y a à peine une heure. Vous êtes Robert Pattinson ?
- C'est moi, dit-il d'un ton rieur. Et vous, comment vous appelez-vous ? Sa façon me parler m'était totalement étrangère, je n'avais pas l'habitude d'entendre des hommes de cet âge parler avec autant de respect et de courtoisie, il semblait ne correspondre en rien au stéréotype du jeune adulte actuel. Je me souvins de nôtre conversation sur les généralités réductrices, et dit:
-Angélique.
-C'est un joli prénom, d'autant plus qu'il sonne français. Dit-il en souriant.
-Merci